Télétravail, salaires : « Il y a des écarts entre les aspirations des cadres et ce que font les dirigeants »

Le baromètre Cadremploi* sur « l’Etat d’esprit des cadres à l’approche de la présidentielle » révèle que ceux-ci seraient globalement satisfaits de leur situation professionnelle et finalement peu enclins à la mobilité. Leurs attentes vis-à-vis des candidats à la présidentielle sont les mêmes que vis-à-vis des entreprises, en termes de pouvoir d’achat ou d’engagement environnemental.

Carole Ferté, directrice des études chez Cadremploi.
Carole Ferté, directrice des études chez Cadremploi.

Rencontre avec Carole Ferté, directrice des études chez Cadremploi.

Quel regard portent les cadres sur leur situation professionnelle ?

On observe une satisfaction générale des cadres avec 86% d’entre eux qui se déclarent satisfaits de leur situation professionnelle. C’est davantage qu’avant la crise du Covid-19 (ils étaient 80%, en octobre 2019), soit une augmentation de six points. Or, on aurait pu penser qu’après deux années de crise, leur satisfaction ne serait pas aussi élevée. En termes de mobilité professionnelle, ils seraient plus mobiles qu’avant la crise, avec 43% d’entre eux qui se déclarent de nouveau mobiles et ouverts aux opportunités. Mais les chiffres montrent que les cadres sont globalement peu enclins à la mobilité, avec 47% d’entre eux qui déclarent vouloir rester dans leur entreprise, contre 52% en juillet 2020, juste après le premier confinement. Sur les chiffres plus radicaux, ils ne seraient que 3% à être en recherche active.

Quid de l’exode vers les campagnes pour la population cadres ?

Même s’il y a eu de nombreux déménagements –24% des cadres ont déménagé au cours des deux dernières années–, il n’y a pas eu d’exode massif vers les régions. Ainsi, dans le détail, seulement 11% des cadres ont changé de région, tout en continuant, pour 64% d’entre eux, à travailler dans leur territoire d’origine, avec une majorité (52%) qui a dû se plier à des trajets interrégionaux. Ainsi, ceux qui sont partis l’ont plus souvent fait tout en gardant leur job. Ils sont 12% à avoir quitté une grande agglomération pour une plus petite et a contrario, 9% à avoir quitté la campagne ou une petite ville pour une plus grande.

En termes de mobilité géographique future, seulement 8% déclarent vouloir changer de région dans l’année à venir. En revanche, les plus jeunes se projettent plus facilement dans une mobilité future avec 14% des moins de 35 ans qui envisagent de travailler dans une autre région d’ici un an. On peut supposer que l’on va retrouver de fortes tensions sur le marché de l’emploi des cadres en matière de recrutement. En d’autres termes, il y a de fortes probabilités que les recruteurs rencontrent des difficultés à trouver les bons candidats, les cadres étant exigeants sur de nombreux critères comme le salaire, le télétravail, le bien-être ou la mobilité. En revanche, le baromètre a été réalisé avant la déclaration de la guerre en Ukraine, dans un contexte de taux de croissance élevé, de taux de chômage bas et d’une confiance forte.

Quelles sont les attentes des cadres vis-à-vis des entreprises ?

On constate une exigence forte des cadres depuis deux ans sur le télétravail avec 90% d’entre eux qui souhaitent le poursuivre, en moyenne deux jours par semaine. A contrario, seulement 50% des dirigeants d’entreprise ont mis en place une politique de télétravail. Il y a donc un écart important entre les aspirations des cadres et ce que font les dirigeants. Un écart que l’on observe également sur la question des salaires : 94% des cadres espèrent une augmentation après deux ans de crise, à hauteur de 4% en moyenne. Une augmentation élevée mais qui ne couvre pas l’inflation dont la prévision pourrait aller jusqu’à 4,4% sur 2022 (selon la Banque de France). A contrario, on constate que seulement 61% des dirigeants prévoient une augmentation dans leur entreprise, à hauteur de 1,4%, en moyenne. Il faut donc être vigilant sur l’écart entre les aspirations des cadres en termes de télétravail et de revalorisation des salaires et ce qu’ont réellement mis en place les dirigeants d’entreprise.

Enfin, plus de 9 cadres sur dix souhaitent que leur entreprise mette les collaborateurs au centre, la quête de bien-être ayant été exacerbée par la crise. Un critère qui est donc clé pour rester dans une entreprise ou en rejoindre une autre. Autres critères qui remportent l’adhésion des cadres : l’accompagnement des entreprises dans la formation et l’orientation pour 90% d’entre eux, un engagement environnemental de leur entreprise pour 78% et des initiatives en faveur de l’égalité homme femme ( 77%).

Et vis-à-vis des candidats à la présidentielle ?

Les attentes vis-à-vis des candidats à la présidentielle sont les mêmes que vis-à-vis des entreprises, que ce soit en termes de pouvoir d’achat ou d’engagement environnemental. Ainsi, parmi les mesures prioritaires attendues, l’égalité homme/femme, avec « la mise en place de sanctions par l’entreprise et la justice des violences sexistes et sexuelles en entreprise », la transparence des grilles de salaires, une meilleure prise en compte de la parentalité et la revalorisation des salaires des métiers féminisés.

Autre thématique qui revêt son importance pour les cadres, l’environnement, avec 81% d’entre eux qui sont favorables à la proposition de « soumettre les aides aux entreprises au respect de normes environnementales ». Deux propositions en lien avec les salaires sont également fortement plébiscitées : « inscrire dans la loi l’augmentation des salaires en fonction de l’inflation » (73% y sont favorables) et « encadrer les écarts de salaire dans une même entreprise » (71%). Par ailleurs, les cadres sont en majorité favorables aux avancées sociales proposées, comme la mise en œuvre d’un outil de mesure de l’inclusion en entreprise à 63%, ou la mise en place de la semaine de 4 jours, sans diminution de salaire ni réduction du temps de travail à 60%. Cela rejoint à la fois la quête de bien-être et la mise au centre des collaborateurs au sein de l’entreprise. En revanche, ils sont moins de la moitié à souhaiter le rétablissement de la retraite à taux plein à 60 ans. Sur cette épineuse question des retraites, il n’y a pas de consensus, mais une courte majorité (55%) se montre favorable au système par capitalisation.

*Baromètre Ifop pour Cadremploi, réalisé du 7 au 15 février 2022, auprès de 1001 cadres du secteur privé.

Charlotte DE SAINTIGNON