La transition écologique passe-t-elle par les entreprises locales ?

Les entreprises peuvent se révéler un «moteur» du développement solidaire et écologique des territoires.
Les entreprises peuvent se révéler un «moteur» du développement solidaire et écologique des territoires.

Les entreprises peuvent se révéler un «moteur» du développement solidaire et écologique des territoires. C’est ce qu’ont illustré des témoignages, lors des «Universités d’été de l’économie de demain». Un thème dont pourraient se saisir les candidats aux élections municipales de 2020…

 Une coopérative ? Un «cadeau» pour le territoire, estime Pierrick De Ronne, président de Biocoop, réseau de 600 magasins coopératifs qui regroupent producteurs bio et consommateurs. C’était le 4 septembre, à Paris, dans le cadre des «Universités d’été de l’économie de demain, rencontres à impact positif». Une table ronde consacrée à «L’entreprise, moteur du développement solidaire et écologique des territoires ?» réunissait plusieurs témoignages illustrant combien cette dynamique est déjà vivace, et comment elle pourrait le devenir davantage. Dans le cas de Biocoop, la charte à laquelle adhèrent les magasins prévoit que «le commerce est un outil pour développer l’agriculture bio, et non un but», rappelle Pierrick De Ronne, également gérant d’une Scop à Annonay (Ardèche). Dans sa ville, Biocoop a fait le choix de demeurer dans le centre-ville, pour contribuer à préserver sa vitalité. «C’est un parti pris fort qui peut coûter du chiffre d’affaires mais cela nous rend acteur de ce territoire», illustre Pierrick De Ronne. Dans la même logique, «pour nous, il s’agit d’avoir un effet levier pour le développement local du quartier. Nous sommes une entreprise d’insertion qui fait des choix qui vont dégrader sa marge, par exemple en utilisant des produits frais locaux», raconte Louise Fourquet, cofondatrice de Baluchon. Cette entreprise sociale est spécialisée dans l’insertion professionnelle dans le domaine de l’alimentation responsable, et elle s’implante dans des quartiers périphériques, comme à Romainville, en Seine-Saint-Denis. «Nous nous considérons comme des entreprises territoriales. Le dialogue avec les collectivités territoriales est essentiel», estime Louise Fourquet, dont la structure a choisi son emplacement en concertation avec les élus locaux, afin de s’insérer dans le cadre d’un projet territorial de rénovation urbaine.

Faut-il développer les fondations territoriales ?

Dans le Jura, Matthieu Grosset est directeur général du groupe coopératif Demain qui regroupe des entreprises d’insertion (140 salariés), spécialisées dans le recyclage. Il estime que le territoire est «notre bien commun», qu’il s’agisse de ses ressources naturelles et de l’ensemble de ses habitants. Et pour lui, la problématique de la contribution des entreprises au territoire ne se pose pas seulement pour celles qui, comme la sienne, intègrent ces enjeux dans leurs objectifs, mais aussi pour les plus classiques. L’entrepreneur évoque ainsi le cas d’entreprises industrielles, locales et familiales, passées du bois au plastique dans les années 50, et qui vont probablement repasser au végétal… «Ils se posent la question. Il faut donner les moyens de l’engagement à ces entreprises», plaide Matthieu Grosset, pour qui ces sociétés peuvent devenir de véritables actrices de la transition du territoire. Car le politique a son rôle à jouer en fixant un cadre favorable à ces dynamiques. Invités à imaginer des propositions dont pourraient se saisir les candidats aux élections municipales de 2020, les intervenants ne se font pas prier. Matthieu Grosset plaide ainsi pour le développement de fondations territoriales (potentiellement à l’échelon de la communauté de communes). Ces structures faciliteraient le développement de projets d’intérêt général sur un territoire, en favorisant l’engagement d’entreprises et de citoyens. «Des acteurs du territoire pourraient proposer des projets qui pourraient être soutenus» au niveau local, explique-t-il. Pour Pierrick de Ronne, il faudrait œuvrer à mieux «faire se connaître élus et entrepreneurs» de l’économie sociale et solidaire, pour pallier un «manque de reconnaissance lié à un manque de compréhension» du rôle que jouent ces entreprises sur le territoire. Quant à Louise Fourquet, elle estime qu’il serait opportun de «favoriser les entreprises sociales dans les marchés publics, en particulier sous l’angle de l’empreinte territoriale.» Cette dernière devrait être mesurée, et les entreprises non vertueuses pourraient être tenues de verser une compensation qui financerait l’ingénierie sociale locale. Dernière idée, enfin, celle d’Antoine Troesch, directeur de l’investissement de la Banque des Territoires, qui aimerait «massifier» les contrats à impact social. La formule, initiée sous le précédent gouvernement, ne pèse pour l’instant qu’une dizaine de millions d’euros. Le principe : un investisseur privé investit dans un projet destiné à avoir un impact positif sur le territoire, et sa rémunération est fonction de la réussite de cet impact (comme, par exemple le taux de réinsertion de personnes sorties de prison).

Anne DAUBRÉE